Lintimité partagée par nécessité : entre respect et libertéReport as inadecuate




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1 ESO - Espaces et Sociétés

Résumé : Intervenir auprès d-une personne dépendante pour l’accompagner dans les actes de sa vie quotidienne, a deux conséquences majeures, à savoir : participer au moins partiellement à sa vie privée, entrer journalièrement dans son intimité. Ces conséquences ne sont un choix ni pour l-un, ni pour l’autre protagoniste, mais bien un effet inéluctable de cet accompagnement. Plus avant, l’intimité est usuellement partagée pour raison de survie organique et de bienséance sociale pour la personne handicapée, pour raisons professionnelles ou par engagement personnel pour les autres. Rien qui relève des usages habituels de l’intimité : pas de choix d-apprivoisement réciproque donc, et pas davantage de don et de contre don conçu ou perçu comme tel, simplement une nécessité – la dépendance - faisant force de loi.La dépendance concernant les besoins vitaux et-ou les actes de la vie quotidienne implique d’être mis journalièrement à nu, au risque d’une atteinte à la pudeur, d’être accompagné dans de nombreuses activités par une aide humaine, au risque d’une publicisation de la vie privée, de voir pénétrer son domicile plusieurs fois par jour, au risque de ne plus être maître chez soi. Ce qui suppose corollairement pour le professionnel de risquer de porter atteinte à autrui en de multiples occasions, et à divers niveaux, mais aussi, d’être soi-même affecté par diverses émotions éprouvés en ces situations extra-ordinaires, par une charge psychique particulière liée à l’attention à autrui, par des effets de résonnance et de résurgence découlant de ses propres expériences de l’intimité. Si les risques ne sont pas identiques, ils sont néanmoins amplement partagés. Une asymétrie cependant : l’intimité n’est pas réciproquement partagée.Si l’intimité varie dans ses formes et ses actualisations en fonction des aires culturelles, des périodes historiques, des statuts sociaux, elle reste une expérience probablement universelle de la vulnérabilité de chaque être lorsqu’une atteinte à son être-même est possiblement imminente. C’est pourquoi, étant donné l’importance accordée à la personne dans notre culture et nos textes légaux, le partage de l’intimité est usuellement choisi, sous le sceau de la confiance, et non pas contraint. Le consentement est un prérequis. Or, la dépendance dans les actes de la vie quotidienne impose d’expérimenter des modalités interactionnelles inhabituelles, hors des sentiers battus, de vivre des situations extra-ordinaires, de s’exposer à des situations peu conventionnelles. Le partage de l’intimité avec des aides humaines n’est souvent pas un choix, seulement une nécessité, radicale dans ses conséquences.Ce chapitre est consacré à une description fine des divers impacts de ce partage de l’intimité par nécessité, avec une focale concernant plus particulièrement les incidences pour les personnes dépendantes. Seront ainsi traités plusieurs dimensions de cette expérience : le sentiment d’une dignité en sursis, le trouble émotionnel de l’ordre interactionnel, la publicisation de la vie privée, la possible institutionnalisation de la vie à domicile, l’impact sur l’ordre domestique et la « sédimentation biographique », l’atteinte au déploiement et au développement d’une subjectivité réflexive.

Mots-clés : handicap intimité vie privée émotion domicile subjectivité liberté droit de la personne





Author: Eve Gardien -

Source: https://hal.archives-ouvertes.fr/



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